Appel à contributions
Colloque "Violence et récit : recueillir, traduire, transcrire, transmettre"


Violence et récit : recueillir, traduire, transcrire, transmettre
Les sciences sociales face aux récits de violence perpétrée ou subie

Le colloque « Violence et récit : recueillir, traduire, transcrire, transmettre / Les sciences sociales face aux récits de violence perpétrée ou subie » se tiendra les 28-29 mai à l’Université Paris Diderot. Il s’agit du premier colloque organisé par le nouvel axe « S’approprier, contester, lutter : spatialité, domination et violence » du Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (UMR 245-Université Paris Diderot-INALCO-IRD) et par l’ANR LIMINAL (Linguistic and Intercultural Mediations in a context of International Migrations/INALCO). Le Centre Primo Levi et le Centre d’études de la traduction (CRPMS, Université Paris Diderot) sont également partenaires scientifiques (à confirmer). Ce colloque pluri-disciplinaire réunit des chercheurs mais aussi des interprètes et des soignants travaillant autour des victimes/acteurs de violences, pour une réflexion à la fois épistémologique, théorique et méthodologique sur les outils des sciences sociales et la traduction afin de recueillir, transcrire et transmettre les récits de violence.

Le « récit de vie » a désormais pris ses marques méthodologiques dans les sciences sociales même s’il soulève plusieurs débats sur le contexte d’interaction et la charge subjective qui président à son recueil. Ainsi, en histoire, les entretiens avec les ultimes survivants de la Shoah ou de la partition indienne (U. Butalia) se poursuivent. C. Browning (1992) tente de comprendre à partir des récits pourquoi « des hommes ordinaires » du 101ème bataillon de réserve de la police allemande tuent des milliers de Juifs. En anthropologie sociale, V. Das choisit d’écouter les récits de femmes ayant subi des violences qui s’inscrivent désormais dans leur quotidien (Life and words : Violence and the descent into the ordinary, UCP 2007). En sociologie, la « méthode biographique » permet d’entendre l’acteur dans l’énoncé subjectif en même temps qu’il est situé socialement ; elle répond ainsi aux fonctions d’illustration et de restitution (Dubar et Demazière, 1997). En sciences sociales comme en clinique, le récit de vie, dans son recueil et sa réception, permet ainsi la constitution de l’« identité narrative » (P. Ricoeur).
Pourtant, lorsque la violence entre en jeu, les positionnements respectifs du récepteur, du sujet de l’entretien (narrateur) et le cas échéant de l’interprète viennent modifier le cadre d’énonciation. En effet, l’effraction de la parole, le contexte d’interaction, la difficulté de l’énoncé, la charge affective font trembler le cadre. Les récits de guerre ou les récits traumatiques, leur recueil, leur condition de traduction et leur transcription exigent par conséquent des aménagements méthodologiques spécifiques, qu’il s’agisse d’un cadre de recherche ou d’un autre dispositif discursif où le récit est central.
Quid du positionnement de l’historien, du sociologue, de l’anthropologue quand ils dialoguent avec le sujet d’un récit de violences perpétrées ou subies ? Peut-on encore faire jouer la charge de l’ « illusion biographique » (P. Bourdieu) et la suspicion d’un discours reconstruit ? Les limites du récit viendraient-elles biaiser toute prétention à l’objectivité ou à la véridicité ? Qu’est ce qui vient justifer la fonction de témoignage (N. Heinich et M. Pollack) ?
Quid du positionnement de l’interprète, tenu à la fois par ses engagements de neutralité et de fidélité au discours, lorsque la violence du récit interdit des traductions littérales ou même toute traduction tant elle effracte le sujet ?
Quid du positionnement du clinicien, qui s’efforce de travailler à partir d’une parole échangée et de maintenir un cadre d’interaction où le sujet peut se dire ?

Dans ce colloque, il s’agira d’interroger les conditions de possibilité d’énonciation et de recueil du récit. L’entretien de recherche n’est pas l’entretien administratif ou judiciaire (entretien OFPRA ou CNDA, procès de bourreaux, auditions des bourreaux dans les commissions Vérité, etc) ni l’entretien psychothérapeutique ou psychanalytique, mais ces types d’entretien peuvent aussi faire partie du matériau analysé par le chercheur. A quelles conditions celui qui a perpétré la violence parle-t-il de cette violence (J. Hatzfeld) ? Et celui qui l’a subie ? Que font les sujets de la culpabilité, de la honte qu’ils peuvent éprouver ? A l’inverse le sentiment de fierté qui émane de la possibilité de raconter peut-il émerger de tels récits ?
Les pistes suivantes pourront être abordées :

- le rapport du sujet à la vérité historique et la reconstruction du discours dans un contexte traumatique

- l’articulation entre récit individuel, récit collectif et récit officiel

- la question du transfert et du contre-transfert, le rôle des affects et des mouvements défensifs dans le recueil, la traduction et la transmission du récit de violence

- Le rôle de l’interprète et la traduction de la violence dans les langues tiers.

Propositions de communication avec titre et résumé (5 à 10 lignes) à envoyer avant le 25 février 2018 à Laetitia Bucaille (INALCO, CESSMA, laetitia.bucaille@inalco.fr) et Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky (INALCO, LIMINAL, CESSMA, msaglio@inalco.fr). Les interventions seront de 20 minutes. Les actes du colloque feront l’objet d’une publication.


Documents joints

Appel - Colloque Violence et récit
Appel - Colloque Violence et récit



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