AAC JE Politiques scolaires, écoles et publics scolaires de la colonisation aux indépendances en Afrique (mi-XIXe siècle - années 1970) - CESSMA - Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques

AAC JE Politiques scolaires, écoles et publics scolaires de la colonisation aux indépendances en Afrique (mi-XIXe siècle - années 1970)


Jeudi 9 mai 2019, à 9h
Université Paris Diderot, Salle 209, Bât. Olympe de Gouge, Rue Albert Einstein

Call for an international workshop in Paris, France Jeudi 9 mai 2019

Fédération 3S - CEPED - CESSMA
Pierre Guidi (Ceped-IRD) & Jean-Luc Martineau (Cessma-Inalco) & Florence Wenzek (CERLIS)

Politiques scolaires, écoles et publics scolaires en Afrique sub-saharienne (milieu du XIXème siècle - années 1970)

Le CEPED et le CESSMA souhaitent inviter des chercheurs travaillant sur l’histoire de l’éducation en Afrique, du Maghreb à l’Afrique du Sud, à un atelier international qui se tiendra à Paris le jeudi 9 mai 2019 portant sur les politiques éducatives, les écoles et les élèves, de la colonisation aux premières décennies suivant l’indépendance en Afrique, du milieu du XIXe siècle aux années 1970.
Nous souhaitons que cet atelier permette d’identifier les chercheur(e)s dont les travaux sont consacrés à l’histoire de l’éducation en Afrique, afin de constituer un réseau international.

L’histoire de l’éducation offre une perspective unique pour comprendre les constructions nationales, l’impérialisme et la structuration des sociétés ; elle renseigne sur les dynamiques politiques, économiques, sociales et culturelles de l’Afrique coloniale et post-coloniale. Bien que des recherches nombreuses existent, l’histoire de l’éducation en Afrique n’est pas suffisamment structurée ni traversée par beaucoup de débats scientifiques. C’est pourquoi nous souhaitons favoriser les collaborations internationales. L’accent mis sur l’histoire n’exclut pas les collaborations avec des collègues d’autres disciplines, à condition qu’une forte perspective historique caractérise leurs travaux.

Penser les sociétés coloniales africaines, les indépendances et les constructions nationales à travers la scolarisation enrichira une perspective comparatiste à l’échelle du continent car les questions liées à l’instruction et à la scolarisation ont occupé une place importante dans la constitution des empires coloniaux, des réseaux sociaux et intellectuels qui les ont structurés et des débats qui les ont animés.

La création d’écoles a d’abord participé de l’avancée missionnaire tout au long du XIXe siècle et les relations entre les missions et les pouvoirs coloniaux ont été bien étudiées. Dès après l’établissement de la domination coloniale et des structures impériales européennes, l’instruction primaire dispensée est devenue le substitut et le prolongement d’une violence politique destinée à assurer le contrôle des territoires et des populations. A l’interface du pouvoir colonial, de ses agents éducatifs et des populations colonisées, l’école est un lieu d’observation particulièrement pertinent pour comprendre la « rencontre » coloniale, les contradictions, conflits, négociations et processus de domestication à l’œuvre. Depuis L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane ou The River Between de Ngugi wa Thiong’o, nous savons aussi que l’éducation a participé de la prise de conscience qui a conduit aux mouvements de décolonisation et qu’elle a été le lieu de formation des futures élites nationalistes.

Depuis les années 1960, l’histoire de l’éducation s’est emparée de thèmes très divers. Les politiques scolaires coloniales ont fait l’objet des études les plus abondantes. Les façons dont les sociétés colonisées se sont approprié les institutions scolaires en les manipulant ont aussi rapidement attiré l’attention. Il en a été de même avec les contenus des enseignements, les relations pédagogiques et les formes de sociabilité scolaire. L’histoire de l’éducation a permis de comprendre comment l’éducation s’est inscrite et a participé à la structuration raciale des sociétés coloniales, à la mise en place de nouveaux ordres genrés, et à créer de nouveaux groupes et hiérarchies sociales. Les études sur les décolonisations et les constructions nationales se sont penchées sur le rôle de l’école dans les tentatives de décolonisation des savoirs scolaires, la formation de nouveaux cadres africains et la création du sentiment national alors que les pays nouvellement indépendants héritaient de systèmes scolaires inégalitaires, peu développés et mal organisés.

Alors que ces questions demandent à être approfondies par de nouveaux terrains et cas d’études, d’autres demeurent dans l’ombre. Par exemple, si nous avons beaucoup traité des écoles comme lieu de formation des élites nationalistes indépendantistes, qu’en est-il des collaborations et ententes avec les pouvoirs coloniaux et néo-coloniaux qui ont permis la reproduction, au-delà des indépendances, de formes de pouvoir élitistes au profit des élites nationalistes et au détriment de la majorité des populations ? Par ailleurs, l’histoire des acteurs et actrices subalternes de l’école n’a été qu’effleurée. Ainsi, alors que les recherches sur les enseignant(e)s européen(ne)s et le devenir des élites africaines sont relativement nombreuses, l’histoire sociale des enseignant(e)s africain(e)s, notamment en milieu rural, ou des élèves, garçons et filles, qui n’ont pas dépassé le niveau primaire reste largement à écrire. Enfin, il y a beaucoup à développer sur les revendications et initiatives africaines en termes de scolarisation. Celles-ci s’expriment notamment par des adresses aux gouvernements pour développer le système scolaire mais les modalités de ces revendications et la nature précise des demandes restent à étudier. Ces revendications s’expriment aussi à travers la mise en place d’établissements voire de réseaux scolaires autonomes, dès la période coloniale, que ce soit pour combler un manque d’écoles ou pour développer des modèles scolaires alternatifs. On pense ici aux écoles coraniques, plus ou moins intégrées aux systèmes étatiques mais aussi à de multiples autres types d’institutions. Ces revendications et initiatives, étudiées plutôt dans des études sur le nationalisme ou le militantisme, mériteraient d’être intégrées plus nettement dans le champ de l’histoire de l’éducation.

L’atelier cherche à avoir l’approche la plus large possible de l’histoire de l’éducation. Les interventions pourront porter sur des établissements d’enseignement, sur l’école en tant que lieu de formation et de construction des identités, sur ses acteurs et de ses publics, les moyens d’enseignement, la réception de l’idée de scolarisation obligatoire, la gratuité et le "désir d’école" en Afrique sous la colonisation et au cours des premières décennies d’indépendance. À partir d’exemples ancrés dans une période, un contexte, un événement ou un pays (du Maghreb à l’Afrique du Sud), les communications aideront à comprendre dans quelle mesure les politiques et les pratiques scolaires, les lieux de formation, l’investissement individuel ou collectif des acteurs et ses conséquences, les expériences innovantes, sont indissociables de la construction des sociétés coloniales puis des jeunes nations indépendantes.

Nous devrons aussi aborder des aspects méthodologiques et théoriques afin de questionner et envisager un renouvellement de nos pratiques de recherche. Des archives missionnaires à celles des administrations coloniales ou postcoloniales, des documents conservés dans les écoles locales aux sources orales, en passant par les manuels scolaires, les plans des écoles, les lettres ou les photographies, quelles sources utilisons-nous en priorité pour écrire quelle histoire de l’éducation ? Comment poser de nouvelles questions à ces sources et enrichir notre corpus documentaire ? Nous pourrons aussi interroger les dialogues de l’histoire de l’éducation en Afrique avec les différents champs scientifiques dans lesquels elle est insérée. Quels usages faisons-nous des outils forgés, d’une part, par l’histoire de l’éducation et, d’autre part, par l’histoire de l’Afrique, de la colonisation et des décolonisations ? Comment des concepts tels que celui de Grammar of Schooling (Tabulawa ; Depaepe et al.) ou de « pédagogisation » sont-ils utilisés et retravaillés dans les recherches sur l’Afrique ? Comment les grands débats de l’histoire de la colonisation ou de l’histoire impériale se répercutent-ils dans l’histoire de l’éducation ? L’usage éventuel de catégories et de notions « autochtones », comme celle d’ubuntu (Makalela) pourra être interrogé, de même que la prise en compte des critiques récentes de philosophes de l’éducation africains (Ali Alamin Mazrui). Portées sur le plan du discours, ces dernières ne pourraient-elles pas inspirer de nouvelles recherches empiriques ? De même, les critiques du féminisme occidental par les féministes africaines sont-elles prises en compte, discutées et intégrées dans nos recherches sur l’histoire de l’éducation ? Enfin, l’histoire de l’éducation en Afrique dialogue-t-elle avec des courants développés à partir d’autres continents, comme les Subaltern Studies en Inde ou les théories latino-américaines de la décolonialité ?

De nombreux thèmes sont donc possibles :

- circulation des politiques (objectifs, concepts et pratiques) entre les administrations coloniales ou postcoloniales, les universités et les instituts d’éducation dans les métropoles et les colonies.

- approche quantitative et qualitative des équipements scolaires en Afrique depuis le milieu du 19ème siècle.

- acteurs masculins et féminins des politiques éducatives en Afrique et de leur formation à l’étranger ou sur le continent.

- impacts sur les identités individuelles et collectives et sur les politiques locales / régionales.

- les changements sociaux et économiques avant et après l’indépendance jusqu’à la fin des années 1970.

- réflexions théoriques et méthodologiques sur les concepts et les sources

- ...

Pierre Guidi, CEPED Université Paris Descartes, Chercheur IRD
&
Jean Luc Martineau, CESSMA, INALCO, Maître de conférence
&
Florence Wenzek, CERLIS, Université Paris-Descartes, Agrégée d’histoire et doctorante.

Veuillez envoyer votre résumé à for.an.education.network@gmail.com avant le 15 février 2019.

Les résumés doivent faire 1500 signes maximum, espaces compris. Précisez votre nom, vos prénoms, votre institution ou université, votre adresse, votre email, et votre poste ou statut actuel.
Enfin, pourriez-vous préciser quelles sont vos thématiques et aires de recherche au-delà de ce que vous proposez pour votre communication ?



Call for an international workshop in Paris, France Thursday, 9th May 2019

« Education policies, schools and pupils in Africa from the mid-19th C. to the end of the 1970s »

The CEPED and the CESSMA would like to invite researchers on the history of education in Africa, from the Maghreb to South Africa, to an international workshop to be held in Paris, Thursday, 9th May 2019 on education policies, schools and pupils from colonization to independence in Africa (mid- 19th century - 1970s)

We guess that this call for proposals will help to identify the researchers working on the history of education in Africa in order to establish an international network.

The history of education brings a unique perspective to understand imperialism, the processes of nation- building and the shaping of societies ; and sheds a new light on the political, economic, social, and cultural dynamics of colonial and post-colonial Africa. While outstanding research does exist, the field of history of education in Africa is not well structured and lacks the stimulation of intensive scientific discussions. That is why we need to foster international collaborations through a structured network, that this workshop wishes to initiate. The focus on history does not exclude collaborations with colleagues from other disciplines, as long as a strong historical perspective characterize their work.

Thinking African colonial societies, independence and national constructions through schooling will enrich a comparatist perspective because issues related to education and schooling had critical roles in the constitution of the colonial empires, the social and intellectual networks which structured them and in the debates which animated them. The creation of schools first involved missionaries throughout the nineteenth century and the relationships between missionary societies and colonial powers have been well studied. Soon after the establishment of colonial domination and European imperial structures, basic primary education became the substitute for and the continuation of political violence designed to ensure the control on territories and populations. At the interface of the colonial power, its educational agents (either Africans or Europeans) and the colonized populations, the school is a particularly relevant institution to observe and to understand the colonial "encounter", the contradictions, conflicts, negotiations and domestication processes at work. Since Cheikh Hamidou Kane’s Ambiguous Adventure, or The River Between by Ngugi wa Thiong’o, we also know that education participated in the nascent awareness that led to the decolonization movements, and that colonial schools trained the future nationalist elites, party leaders and independentist parties.

Since the 1960s, the history of education has grasped a variety of topics. Research has often focused on educational policies but has also looked upon the ways colonized societies have appropriated schools by adapting them to their own interests. The contents of courses, the pedagogical relationships and the forms of sociability within schools have been researched as well. These pieces of research have given us a better understanding of how education was enshrined in and participated in the racialisation of colonised societies, the shaping of new gender orders, and the building of new groups and hierarchies. The studies on the decolonisation movements and the processes of nation-building have demonstrated that the newly independent countries inherited schooling systems that were unequal, underdeveloped and disorganised. From that point, they moved on to examine the part of schooling in the training of new African executives, in the birth of senses of nationhood and in the attempts at decolonizing knowledge.

While these questions need to be deepened by new field-research and case-studies, others still have to be addressed. For instance, deep research has been done on the role of schools in the training of the nationalist and independentist elites, but we know little about the collaboration and arrangements with the colonial and neo-colonial powers which allowed for the reproduction, beyond independence, of elitist forms of power which benefited the nationalist elites, at the expense of the people. Furthermore, the history of the subaltern actors of the schooling system has barely been outlined. Thus, while there are many pieces of research on the European teachers and on the African elites trained in the most prestigious schools, we still have to write a social history of African teachers, especially in rural settings. We also need to focus on the pupils, boys and girls, who did not go beyond primary school. Finally, there is a lack of research on African claims and actions in the field of schooling. These claims were expressed in petitions to the governments and asked for an expansion of educational facilities, but more research needs to be done to understand them fully. Africans also opened their own schools or schooling systems, including during the colonial period, either to compensate for a lack of schools or to promote alternative schooling models. This was the case with koranic schools, more or less integrated within the state system of education, but many other initiatives existed. Up to now, these claims and initiatives have been studied mainly from the perspectives of nationalism and activism. They would be usefully integrated into the field of history of education.

The workshop will promote the widest possible approaches of the history of education. Proposals can deal with the history of educational institutions, schools as places of training and identity building, their actors and audiences, teaching aids, the reception of the idea of schooling, of compulsory free education and the "desire for schooling" in Africa under colonization and during the first decades of independence. From examples anchored in a particular period, context, event or country (from the Maghreb to South Africa), communications will help to understand to what extent school policies and practices, training institutions, the individual or collective investment of the actors in the school’s life and their experiences are inseparable from the shaping of the colonial societies but also of the young independent nations.

We will also discuss methodological and theoretical aspects in order to question our research practices and try to renew them. Missionary sources, documents produced by colonial or postcolonial administrations, papers kept in schools, oral sources, textbooks, schools’ maps, letters, pictures : what sources do we use first and foremost ? What history can we write with them ? How can we ask new questions to these sources and broaden our body of documentation ? We can also reflect upon the dialogues that, as historians of education in Africa, we try to create with other fields of research. How do we use the conceptual apparatus forged by historians of education on the one hand, and by historians of Africa, colonisation and decolonisation on the other hand ? How concepts such as “Grammar of schooling” (Tabulawa ; Depaepe et al.) or “pédagogisation” are used and transformed in our studies on Africa ? How do we incorporate the great debates of imperial history within our research on education ? The use of indigenous categories and notions, such as “ubuntu” (Makalela) could be questioned. The recent criticisms from African philosophers of education (Mazrui), written from a theoretical standpoint, could also challenge our empirical studies. Similarly, how do we work in the field of education with the criticisms of Western feminism by African feminists ? To finish with, to what extent the history of education in Africa does dialogue with theoretical apparatuses developed from other continents, such as the Subaltern Studies from India or the South-American theories of decoloniality ?

Many possible themes could be submitted :

- circulation of policies (aims, concepts, and practices) between colonial headquarters, universities, institutes of education, and colonies.
- quantitative approach of schools’ equipment in Africa since the mid-19th century.
- male and female actors of education policies in Africa and their training in Africa or abroad.

- impacts on individual and collective identities and on local/regional politics.
- social and economic changes for people before and after independence up to the end of the 1970s. - theoretical and methodological considerations about concepts and sources

- ... We would be glad to welcome you. Thank you for your proposals.

Dr Pierre Guidi, CEPED Université Paris Descartes, Chercheur IRD
&
Dr Jean Luc Martineau, CESSMA, INALCO, Maître de conférence
&
Florence Wenzek, CERLIS, Université Paris-Descartes, Agrégée d’histoire and PhD student.

Please send your summary to for.an.education.network@gmail.com Closing date for applications is 15 February 2019.

=> The summary should be 1500 signs all together. Please specify your surname, your names, your institution or university, your address, email address, and current position.

Apart from the topics of your summary, on which topics/countries/issues in history of education are you working on ?


Documents joints

2019 AAC JE Education
2019 AAC JE Education