LAUNAY Elise - CESSMA - Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques

LAUNAY Elise

par  LAUNAY Elise

Histoire, sociétés et civilisations

Contactez-le

Sujet de Thèse

Xianzheng, un constitutionnalisme à la chinoise ?

Directeur de thèse : Wang Frédéric (Inalco) et Billioud Sébastien (Paris-Diderot)

Résumé de thèse

Comment le constitutionnalisme, un concept originaire des démocraties libérales, se traduit-il dans un État-parti comme celui de la Chine, quelle est la portée de cette traduction et sa résonance globale ? À l’heure où le thème du constitutionnalisme s’invite sur tous les claviers du monde et où ses développements « illibéraux » préoccupent les sociétés en crise d’Europe et d’Amérique, on ne saurait faire l’économie d’une analyse du concept chinois de «  xianzheng », dépassant la seule variété des discours intellectuels et leurs oppositions pour interroger, à travers cette traduction – manifestation – chinoise du constitutionnalisme occidental (que l’expression et sa théorisation se comprennent comme un travail appliqué de reprise, de réinterprétation de termes étrangers ou dans un effort d’effacement, de muselage du signifié source), l’apparent oxymore « constitutionnalisme autoritaire ». N’est-il qu’une « forme aberrante de constitutionnalisme qui va à l’encontre des normes de la démocratie » et contribue à mettre en péril le dogme constitutionnaliste ou bien un discours cohérent qui rend compte d’une réalité propre, non nécessairement menaçant pour l’« identité constitutionnelle » de l’Occident ?

Parce qu’il est autoritairement organisé autour d’un parti unique, sans élections ni « séparation des pouvoirs », le système politique chinois est dénigré par les intellectuels « libéraux » et opposé à l’enviable système démocratique occidental. Les détracteurs rétorquent que le développement du pays peut passer par une voie chinoise sans un nécessaire changement de régime. Là se situent le défi et enjeu de la réforme politique que chacun appelle de ses vœux.

Mais par-delà le conflit classique entre le recours aux modèles juridiques occidentaux et la tradition chinoise, nous intéressent les enjeux plus profonds de la tension entre la défense officielle de la Constitution et la défiance à l’égard d’un système constitutionnaliste, qualifié de « piège discursif », que le gouvernement combat toujours plus fermement, malgré la politique du Parti qui, depuis le début du siècle, développe un « état de droit » (fazhi guojia), prône le « gouvernement par la loi » (yifa zhiguo) et incite à une prise de conscience de l’importance de la Constitution. Comment s’articulent ces deux espaces, politique et intellectuel, entre eux et autour de la question constitutionnelle ? Que dit la reprise du débat au XXIe siècle sur l’état du politique en Chine, sur les visions et perspectives d’avenir du pays en matière de gouvernance constitutionnelle ? Quelles sont les attentes des intellectuels à l’endroit du xianzheng, du constitutionnalisme, et que rejettent à l’inverse leurs adversaires ? Qui domine le débat et pourquoi ?

Il s’agit avant tout de faire l’analyse de la production du discours officiel sur le constitutionnalisme en Chine, de comprendre la formation de ce modèle de xianzheng théorisé, dont le Parti communiste chinois n’est a priori pas près de se départir, ainsi que le rôle qu’y jouent les intellectuels chinois. Puisque la direction du Parti se réserve le droit d’instiguer et de contrôler les réformes constitutionnelles et politiques, le discours officiel mérite une attention toute particulière. En effet, les discours « concurrents » des divers courants de pensée ne sont pas en véritable compétition, le Parti ayant jeté son dévolu sur une formule particulière avec laquelle il faut composer. Dans quelle mesure les dirigeants chinois sont prêts à faire des emprunts au constitutionnalisme a des implications importantes sur la politique chinoise, et donc sur la société et les relations avec les autres nations. Il n’est pas à exclure qu’une Chine plus puissante, parvenue à théoriser un système politique efficace, soit à même d’offrir une vision autre, avec ses concepts comme nouveaux concurrents de la doxa occidentale, cette « troisième voix/voie » s’exposant de fait sur le marché mondial des idées.