REBOUL Elena - CESSMA - Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques

REBOUL Elena


Sciences Economiques
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Sujet de Thèse

- Le genre de la dette. La reproduction des ménages au prisme de la financiarisation, une étude de cas en Inde du Sud (Tamil Nadu)
[The gender of the debt. Household reproduction through the prism of financialisation, a case study in South India (Tamil Nadu)]

Directeur de thèse :

Isabelle Guérin (CESSMA, IRD)

Communications

« The gender of debt. Insights from rural South India » :
- Financialization and development policies conference (Hambourg University) , 13 sep. 2018
- Séminaire DIAL (Paris Dauphine), 15 nov. 2018

Résumé de thèse

Tandis que les partisans de « l’inclusion financière » réclament plus de crédit pour les femmes, des voix s’élèvent dans le camp des critiques de la financiarisation pour dénoncer leur endettement - en tant que cible des institutions de microfinance au Sud ou du predatory lending aux Etats Unis, depuis les subprimes jusqu’aux payday loans.

Si cette dichotomie illustre l’ambivalence de la dyade dette-crédit, elle prend cependant aussi sa source dans le fait que l’on sait finalement peu de choses de l’endettement des femmes, en particulier en termes quantitatifs. Les études empiriques des finances des ménages sont en large majorité aveugles au genre, pour des raisons a la fois conceptuelles (ténacité du modèle du « ménages unitaire », en dépit de critiques féministes récurrentes) et méthodologiques (actifs et passifs étant généralement colletés au niveau du ménage dans les enquêtes sur les pratiques financières). Pourtant, l’anthropologie et l’histoire nous enseignent que dans de nombreux parties du monde, et en particulier chez les ménages à bas revenu, les femmes sont les premières responsables de la gestion des budgets, prenant en charge les achats du quotidien et faisant en sorte de boucler les fins de mois.

Un premier volet de cette thèse s’attache donc à étudier quantitativement la division des responsabilités financières au sein des ménages, dans le contexte de l’Inde du Sud : comment ces rôles de genre, encastrés dans des inégalités de classe et de caste, impactent les pratiques financières des femmes (leur endettement et ses modalités), et quelles en sont les résonances avec les processus actuels de financiarisation. De là découle un second axe de recherche, à savoir identifier les impacts genrés de la « financiarisation de la vie quotidienne », ou financiarisation de la reproduction sociale : non seulement en termes financiers, mais aussi en termes de travail domestique non rémunéré. Enfin, dans la lignée de l’entreprise féministe de déconstruction du genre de la valeur, il s’agira de discuter comment les pratiques financières des femmes reflètent, rendent visible, mais aussi décuplent ou remodèlent leur contribution économique à la reproduction du ménage.

[ Proponents of “financial inclusion” plea for more credit for women, while some critics of financialization argue that women are too indebted - targeted by microfinance institutions in the global south, or disproportionately receiving subprime mortgages or payday loans in the United States.

Beyond the ambivalence of the debt/credit dyad, this dichotomy is also rooted in the fact that little is actually known about women’s debt/credit, especially in quantitative terms. Most empirical evidence related to household finances remain gender-blind, for both conceptual (tenacity of the “unitary household model”, despite recurrent feminist critiques) and methodological reasons (assets and liabilities are generally collected at the household unit in financial practices surveys). Yet anthropology and history show that in many parts of the world and especially in low-income households, women are often the first to manage family budgets, taking care of daily expenditures and stretching budget to make both ends meet.

A first part of this thesis is thus devoted to study quantitatively the division of financial responsibilities within households, in the South Indian context : how these gender roles, embedded in class and caste inequalities, affect women’s financial practices (their indebtedness and its modalities), and how they resonate with the actual processes of financialisation. From this stems the question of the gendered impacts of the ‘’financialisation of daily life’’ or financialisation of social reproduction : not only in financial terms, but also in terms of unpaid domestic work. Lastly, building up on the long-standing feminist undertaking of the concept of (male)“provider” and of the gender of value, this thesis aims at discussing how women’s financial practices reflect, make visible but also fuel or remodel their economic contribution to household reproduction. ]