Axe thématique n°1 : « S’approprier, contester, lutter : spatialité, domination, violence »

par  CESSMA

Coordinatrices : Anne-Sophie Bentz et Sarah Mohamed-Gaillard

Chercheurs statutaires participant prioritairement à l’axe : Laetitia Bucaille, Nathalie Fau, Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky

Doctorant.e.s : Nazir Morcid Ahmad, Houssamoudine Ankili, Maxence Habran, Ana Campos Gebrim, Niphaphone Nhongvongsithi.

Cet axe entend étudier les mobilisations politiques, qu’elles émanent d’Etats, de groupes conventionnels ou non-conventionnels, ou bien d’individus. Ces mobilisations politiques s’inscrivent dans des espaces et temporalités qui sont l’objet de négociation, de représentation, de modes nouveaux de contestation ouverts notamment par les réseaux sociaux ou par un accès facilité à l’information. Outre les territoires, un intérêt particulier est porté à la spatialité, autrement dit à l’espace d’expériences et de contestations, défini par sa pratique, et qui est ici articulé à la violence et à ses nombreuses dimensions : nommer un espace, se l’approprier, dominer sa population, négocier, coopérer, contester un pouvoir, lancer une insurrection ou une guerre constituent des entreprises politiques, au sens où elles s’inscrivent dans un rapport de forces qu’elles contribuent à redéfinir. Les mobilisations politiques analysées dans l’axe s’enracinent enfin dans des systèmes de représentations et d’imaginaires qui irriguent une vision de soi et du monde. L’équipe réunie dans cet axe porte son attention sur les multiples enjeux liés aux territoires, aux entreprises de domination, aux conflits, ainsi qu’à leurs conséquences pour les sociétés et pour la gestion des espaces. Les réflexions actuelles de cet axe se déclinent en plusieurs directions complémentaires :

Traverser et contrôler les mers et les océans. Il s’agit d’abord de saisir les usages et pratiques dont les mers et les océans sont l’objet. Ceux-ci sont envisagés comme des espaces autonomes et non plus comme des marges des territoires nationaux ou de simples prolongements d’un espace de souveraineté exercé sur terre. La mer est envisagée comme un lien, un carrefour d’échanges, voire même un trait d’union entre des civilisations différentes et pas seulement comme une rupture, un obstacle ou une barrière naturelle. Les espaces maritimes sont également envisagés comme voies de circulation sous le prisme particulier des migrations et du rapport des migrants à la mer, avec tous les périls que comporte la traversée.

Migrants, combattants, exilés. L’attention se focalise sur les trajectoires de migrants, de combattants et d’exilés. Notre objectif est de saisir au plus près les parcours des acteurs en amont et en aval de leur expérience de lutte et/ou de départ volontaire ou involontaire, et ainsi d’identifier les processus successifs de perpétuation, de transformation et de conversion de violences produites et/ou subies.

L’ANR LIMINAL (https://liminal.hypotheses.org/) contribue actuellement aux recherches menées dans le cadre de sous-axe.

Traces, transmission, trauma : spatialité du corps et de la mémoire. Les violences institutionnelles, la ségrégation coloniale, la fabrique du corps du colonisé, du syndiqué et du migrant sont l’expression de dispositifs de domination. Leur remise en cause débouche sur divers modes de lutte politique ou armée. La qualification des violences et le statut des combattants sont le résultat d’une construction sociale et politique. Le regard que l’on porte sur les pratiques conflictuelles dépend du sens que revêt la violence dans une société et à une époque donnée. L’identité combattante est à la fois un produit collectif au sein d’un groupe de pairs, mais se nourrit aussi de valeurs et d’attentes présentes au sein d’une communauté politique et de son rapport au monde. Enfin, au-delà de la carte et des récits, au-delà de ce que donnent à voir les archives historiques ou le terrain, comment interroger la transmission de la domination et de la violence ? L’objectif est ici d’étudier les traces de cette violence sur un plan individuel et collectif. Quels impensés collectifs ou subjectifs le trauma laisse-t-il ? Comment une société – les individus qui la composent et qui ont, à divers titres, subi ou perpétré la violence – s’extrait-elle de la guerre/conflit et des répertoires de brutalité qui l’ont caractérisée ? Quelle place donner à la culture dans les dynamiques de destructivité et de reconstruction ? Comment articuler le genre à la violence et à sa transmission inter-générationnelle ? On sait le rôle que joue le corps féminin dans le marquage du territoire de guerre par les vainqueurs qui utilisent le viol comme arme privilégiée. On sait également le rôle des femmes (épouses et mères) dans la transmission de la mémoire et dans les luttes contre l’anonymisation des victimes de guerre. Les descendants des protagonistes peuvent être également concernés par ce rapport à la violence ou à la guerre et nous invitent à questionner les modes et le contenu de la transmission entre générations. Au-delà des discours, le sensoriel et les traces mnésiques sont aussi des vecteurs d’exclusion, de domination, de soumission. L’équipe réfléchit à d’autres méthodologies que celle de l’entretien et de l’analyse de récit pour analyser la violence à l’œuvre dans le corps du sujet et dans le corps politique.