GBONSOU Enock - CESSMA - Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques

GBONSOU Enock


Histoire de l’Afrique : histoire, archéologie, histoire de l’art
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Sujet de Thèse

Dionysos en Afrique occidentale française : boissons, ivresse et politiques (1895-1956)

Directeur de thèse : Odile Goerg (CESSMA - Université Paris Diderot)

Résumé de thèse

La boisson est un élément essentiel des sociétés humaines. Elle représente une partie du régime alimentaire et revêt un rôle culturel fondamental. L’ambition de ce travail est d’étudier les spécificités et les dynamiques des sociétés africaines à travers l’étude des alcools : de la fabrication, ou du commerce local, régional ou international, à la consommation, en milieu urbain ou rural. Cette question sera appliquée à certaines communautés ayant appartenu au bloc de l’Afrique occidentale française (1895-1956), dans les villes ou dans les campagnes. Ma démarche vise à insérer dans le champ de cette étude l’ensemble des phénomènes et des acteurs sociaux, saisis dans leurs relations et leurs interactions au prisme des alcools des années 1890 aux années 1950. En effet, la colonisation puis la décolonisation ont accéléré les mutations en cours dans la vie quotidienne de ces groupes. Le développement des villes a entraîné des changements considérables dans les modes de consommation et les modifications des codes culturels. L’invasion des alcools forts à travers tout le continent africain est le signe tangible des profonds changements.

Au-delà du fait que les années 1890 et 1950 marquent des ruptures politiques, sociales, et même psychologiques importantes dans l’histoire de l’Afrique. Ces ruptures se manifestent au plan économique par la hausse des volumes d’alcools importés, ce qui se traduit par une alcoolisation des territoires de l’AOF. Cet intervalle prend en compte les deux conflits mondiaux qui constituent des changements d’époque, qu’il nous faudra analyser sous l’angle de l’alcool. Les différents spiritueux sont pris ici comme objet de recherche et aussi comme tremplin pour interroger les mécanismes administratifs de contrôle ainsi que les politiques visant spécifiquement les jeunes après la seconde guerre mondiale.

Au-delà d’une approche synthétique de ces problématiques, des études de cas seront menées sur le Dahomey/Bénin et sur le Sénégal, pays aux cultures et contextes religieux différents. Dans quelle mesure ces éléments jouent-ils un rôle dans les habitudes de consommation ? Il est intéressant de comparer les attitudes et politiques selon les contextes.

De même, en déclinant la problématique sous l’angle du genre, on remarque que la consommation de boissons à fort taux d’alcool était interdite aux femmes durant la période précoloniale. Mais dans les sociétés ouest-africaines contemporaines, une uniformisation de la consommation se dessine. Si durant les précédentes décennies, les hommes consommaient plus d’alcool que les femmes, cet écart se resserre. Y-a-t-il des différences entre hommes et femmes en matière de consommation ? Cette approche m’amène à considérer la place des femmes dans les modalités de production, de circulation et de consommation des alcools dans ces sociétés.

Pour restituer ces complexités et l’évolution des sociétés ouest-africaines, comme des individus qui les composent, les alcools sont bien un objet d’étude propice en raison des choix individuels qu’engendre leur consommation et de leur ubiquité dans tous les champs de la vie sociale, religieuse, économique et politique.