Soutenance de thèses et de HDR

L’équipe du CESSMA participe activement à l’encadrement de thèses doctorales. Ci-dessous les sujets des thèses prochainement soutenues par les doctorants rattachés au laboratoire. Sont également listées les soutenance d’habilitation à diriger les recherches (HDR) des membres du laboratoire.



Soutenances de thèses

DIALLO Safiatou

7 octobre 2020, à 14 h, salle 870, bâtiment Olympe de Gouges

Sous la direction de d’Odile GOERG

Titre de la thèse : Infrastructures sanitaires et formation médicale en Guinée, de la colonisation à l’an 2000

Résumé :

En Guinée, le secteur de la santé a connu d’importantes mutations. Cette évolution est dictée par l’histoire politique contemporaine du pays ainsi que la vision des différents régimes qui se sont succédé dans le pays. Toutefois, il est admis que d’importantes avancées ont été enregistrées face aux endémo-épidémies du passé. Une des conséquences majeures de ces importantes avancées est le relèvement de l’espérance de vie qui, dans le cadre guinéen, passe de 40 ans environ en 1950 à 54 ans en 2000. La mise en place de spécialités médicales comme la chirurgie, la gynécologie-obstétrique, la cardiologie, pour ne citer que ces exemples, renforce sensiblement les progrès enregistrés dans le domaine sanitaire. Cependant, au-delà de ces progrès et de leurs effets bénéfiques, l’accès aux soins de santé de qualité pour tous, reste un véritable problème. L’absence de structures répondant aux normes, parfois les plus primaires, le déficit de personnel qualifié dans plusieurs services, la privatisation non contrôlée, la modicité des investissements ainsi que les déficiences organisationnelles dans le secteur de la santé expliquent, entre autres, les difficultés auxquelles se trouve confronté aujourd’hui le système sanitaire guinéen. Ce qui explique, en bonne partie, les réponses inappropriées de l’Etat Guinée face à l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola et le recours à l’aide internationale, notamment celle de l’Occident. Une plongée dans l’histoire atteste, si besoin en était que, de tous les services sociaux de base en Guinée, celui des soins de santé figure parmi les priorités des autorités politiques aussi bien sous la colonisation que durant la période postcoloniale. Ainsi, le premier établissement sanitaire implanté en Guinée fut l’hôpital colonial de Conakry créé en 1902, et qui porta plus tard le nom de l’administrateur et médecin-militaire, Noel Ballay. Après l’accession de la Guinée à la l’indépendance, dans le cadre d’un vaste élan de nationalisation, la structure fut débaptisée pour prendre le nom d’Hôpital Ignace Deen. Les politiques de santé connurent, sous la colonisation ou après l’indépendance, des évolutions, des trajectoires et des fortunes diverses, aussi bien aux niveaux des orientations, des offres de soins, des mécanismes d’approvisionnement en médicaments. Ce qui, du reste, va retentir sur la perception du médecin, de la médecine moderne, des prestations, pratiques et offres de soins ainsi que la nature des relations soignants/soignés. Mots-clés : infrastructures sanitaires, colonisation, hôpitaux, médecins, infirmiers, médecine coloniale, médecine révolutionnaire, formation médical, patients, soignants.


ZAIED Sarra

14 septembre 2020 à 14h, salle M019, bâtiment Olympe de Gouges

Sous la direction d’Olivier BOUQUET

Titre de la thèse : Le langage du nationalisme : partis politiques, discours et mobilisations en Tunisie coloniale (1906-1956)

Résumé :

En septembre 2019 ont eu lieu les élections présidentielles en Tunisie dans un contexte de grande crise économique et politique depuis la révolution qui a déchu Zine el Abidine Ben Ali en 2011. Parmi les nouveaux partis émergents, dont les intentions de vote retiennent l’attention de tous, une certaine Abir Moussi, avocate et ancienne membre du RCD (parti de Ben Ali) et son parti, nommé « al hizb al doustouri al hor »- le parti constitutionnel libéral. On peut s’interroger sur le choix du nom du parti : pourquoi faire référence à la constitution alors que la Tunisie a voté une nouvelle constitution en janvier 2014. Le nom adopté par Abir Moussi est une référence au parti de Bourguiba, créé en 1934, sous protectorat français, qui est le fait d’une scission au sein de ce même parti créé en 1920 par des figures de proue de la lutte nationaliste en Tunisie. En 1920 est créé le parti libéral constitutionnel, en arabe, al hizb al hor al doustouri. Le nom vient de la principale revendication émise par les militants du destour : remettre en place la constitution (dustur) de 1861 qui avait été abrogée en 1864. La reprise d’un nom qui évoque à l’imaginaire des Tunisiens la lutte nationaliste contre la colonisation et pour l’indépendance du pays est essentielle, en l’occurrence pour Abir Moussi qui tente de se placer dans un héritage bourguibiste – plutôt que ben aliste- en mettant au cœur de sa campagne sa lutte acharnée contre le parti islamiste Ennahda.

Cette incursion par le présent nous permet d’introduire la thèse et son hypothèse principale : En quoi les mobilisations des partis politiques sous protectorat sont-elles tributaires de la nécessaire question de légitimation ? A travers l’étude des discours émis par les militants tunisiens sous protectorat, il est apparu que l’émission de revendications (pour plus de justice sociale, entre autres) était corrélée, dans le corps du discours, par une nécessité de légitimer sa position de porte-parole des Tunisiens. Cette légitimation est triple puisqu’il s’agit pour ces militants de se légitimer face à l’administration coloniale, aux colons (à proprement parler) mais également face aux Tunisiens eux-mêmes. Ainsi, il apparaît progressivement que la forme des discours et les types de mobilisation sont modelés par cette problématique fondamentale. On retient souvent l’année 1934 comme l’avènement d’une ère nouvelle dans l’histoire du nationalisme tunisien, avec la scission du Destour et l’émergence d’une génération jeune et pragmatique, dont on compte Habib Bourguiba. L’année 1934 n’est en fait que la cristallisation, le pinacle de ces querelles de légitimité qui commencent dès le début du siècle.

Les sources formant mon corpus sont des discours au sens large : on trouve ainsi des discours émis en place publique ou lors de congrès, les articles de presse, les tracts, les pamphlets. Pour étudier au mieux cette question, l’étude se focalise sur le discours et la langue usitée par le locuteur, mais aussi le contexte socio-politique dans lequel on émet le discours : c’est ce que nomment les sociolinguistes la praxématique.

Ainsi, les enjeux sont éminents : l’étude des stratégies discursives, selon une méthode empruntée à la sociolinguistique, nous a permis de nous rendre compte de cette question.

La question de la légitimité est fondamentale puisqu’elle va définir qui sont les porte-parole des Tunisiens et par conséquent, qui l’on considère comme autorité. Cette question de l’autorité va avoir des conséquences sur l’histoire post-coloniale ( on peut prendre comme exemple frappant la querelle entre Bourguiba et Ben Youssef qui se solde par l’assassinat de ce dernier en 1961) de la Tunisie et dire qui prendra le pouvoir une fois l’indépendance acquise.


PLEDRAN Oriane

24 juin 2020 à 14h en Visioconférence

Sous la direction de Phélinas Pascale (CESSMA) et Torquebiau Emmanuel ( CIRAD)

Titre de la thèse : Développement des systèmes agroforestiers dans le cadre d’un contrat agricole. Cas des filières café et cacao au Pérou et Nicaragua

Résumé :

Face aux mutations économiques, sociales et environnementales actuelles, il est primordial de définir un nouveau modèle agricole permettant d’accroître la résilience des populations et leurs capacités d’adaptation aux chocs économiques et environnementaux. L’agroforesterie apparaît comme un modèle agricole pertinent mais les contraintes limitant son développement sont nombreuses. L’objectif de cette recherche est de montrer la pertinence de l’agriculture contractuelle en tant que levier de développement des systèmes agroforestiers. D’une part, l’agriculture contractuelle permettrait de lever les barrières au développement de l’agroforesterie par les producteurs ; d’autre part, l’agroforesterie permettrait de pérenniser les contrats agricoles, de plus en plus présents dans les stratégies des agro-industries. La recherche analysera les effets de l’intégration d’une composante agroforestière dans les contrats agricoles et s’interrogera sur les conséquences de cette intégration sur la relation contractuelle. Il conviendra de montrer dans quelles mesures le développement conjoint d’un contrat agricole et d’un système agroforestier pourrait permettre de créer un modèle de développement viable (de type « gagnant-gagnant »).


BOLAZZI Floriane

14 mai 2020

Sous la direction d’Isabelle Guerin et Gabriele Ballarino.

Titre de la thèse : Mutations du travail et mobilité sociale en Inde rurale : microscopie socio-économique des grandes transformations structurelles dans un village en Uttar Pradesh

Résumé : This thesis analyses the nexus between caste, class and social mobility in rural India over the last half-century of profound transformations. The increase of demographic pressure on land has reduced agriculture to a subsidiary source of livelihood for the rural population. The transition from farming to informal and irregular forms of labour which require the working population to commute to small and medium towns, have become the predominant patterns of occupational transition in rural India. We investigate the nature and magnitude of these changes and their implications for the reconfiguration of the social structures - caste hierarchy and class stratification - and aim at verifying whether the caste membership continues to prevail as a factor of social stratification. Using unique data at the individual level on the full population of Palanpur, a village in Uttar Pradesh, surveyed seven times from 1958 to 2015, we provide a longitudinal analysis of the trends, the patterns and the determinants of the social mobility of three generations of individuals. We combine the statistical and econometric analysis of the social mobility with a qualitative analysis of more than a hundred interviews carried out during six-months in-depth fieldwork. We find evidence of the opportunities for social mobility to increase but prevalently downward toward manual workers’ class. The advantage of the upper castes to access high salariat positions persists over time, however, with the modernization, the educational attainment plays an equalising role on the chances of upward mobility irrespective of the caste and the class of origin. Moreover, we find that the caste disadvantage for upward mobility from low to middle and top-class decreased over time for some of the castes at the bottom of the hierarchy. While much social stratification research has been and still is carried out in Western countries, this thesis is an original contribution to the emerging literature concerning social stratification and mobility in developing countries. Keywords : caste, class, social mobility, rural India, longitudinal analysis, pluri-methodology

GENTILE Lucia

04 mars 2020 à l’Université Bicocca de Milan

Sous la direction de Marie-Caroline SaglioYatzimirsky et Claudia Mattalucci (Université Bicocca , Milan)

Titre de la thèse : Concevoir le corps. Construction du corps reproducteur féminin dans les connaissances et les pratiques des femmes de Bhuj (Inde)

Résumé :

La présente thèse porte sur les connaissances et les pratiques développées autour de la santé reproductive du corps féminin, comme ensemble de relations quotidiennes que les femmes entretiennent avec leur corps tout au long de leur existence. Le texte se développe à partir de l’expérience intime et quotidienne que les femmes de la ville de Bhuj (Gujarat, Inde) ont de leur corps, avec le désir de décrire et d’enquêter la santé reproductive de la femme. Au niveau méthodologique, l’observation participante et l’écoute active se sont accompagnées de l’élaboration de cartographies corporelles, conçues directement par les femmes. À travers ces méthodes de recherche visuelles et verbales, la présente enquête interroge la production, la reproduction, la transformation et la contestation de connaissances et de pratiques sur les corps féminin par les femmes de la ville de Bhuj.


CAMARA Arsène

20 février 2020 à Conakry à 14h

Sous la Direction de Monsieur Robert Ziavoula

Titre de la thèse : Changement social chez les Peuls du Fuuta-Jaloo, de 1920 à nos jours : du pastoralisme au commerce

Résumé :

En matière de genre de vie, le critère le plus classique utilisé pour identifier les Peuls reste le pastoralisme. Or, depuis plusieurs décennies des travaux de recherche tentent de démontrer que ceux du Fuuta-Jaloo connaissent une évolution qui les éloigne de plus en plus de cette activité traditionnelle ; notre thèse s’inscrit dans cette logique. En effet, alors qu’il est resté longtemps la région la plus indifférente voire la plus fermée vis-à-vis des activités commerciales, le Fuuta-Jaloo fournit aujourd’hui les commerçants parmi les plus « dynamiques et aguerris » de la Guinée et de la sous-région ouest-africaine, et cela au détriment des mandings et d’autres groupes sociaux pratiquant le commerce. Avant 1920, et sous le contrôle des enclaves coloniales et sociétés courtières occidentales, la totalité des activités commerciales était assurée par les Libano-syriens et par les dyula , aussi bien à l’intérieur du Fuuta-Jaloo qu’à l’extérieur avec les localités environnantes dans les marchés de contact. En raison du conservatisme peul, le métier de commerçant ne recruta chez les Peuls que tardivement ; ils ne participèrent à l’intensification des échanges que surtout au titre de producteurs-vendeurs, agissant dans la plupart des cas sous la pression des impôts. Aux environs de 1920, des cas de plus en plus nombreux de Peuls pratiquant le commerce semblent avoir été enregistrés . Vers cette période, Cerno Buubakar Balansi de Poorèdaka, fut le premier commerçant peul de son village. Quelques années plus tard, la politique commerciale menée par le régime de Sékou Touré, sous-tendue par la Loi-cadre de 1964, n’a eu de cesse de s’opposer à la constitution d’une bourgeoisie autonome marchande . Cependant, la collusion étroite commerçants–fonctionnaires a permis une accumulation privée de capital dont les fondements reposaient alors sur trois facteurs essentiels. En premier lieu, l’économie de traite persistait, contrôlée par quelques commerçants privilégiés qui en partageaient les bénéfices avec les fonctionnaires des magasins d’Etat. En second lieu, la spéculation monétaire et commerciale battait son plein, reposant sur l’isolement monétaire du pays, sur la non-convertibilité du franc guinéen et sur la pénurie organisée des biens de consommation courante et le trafic avec les pays limitrophes. Enfin, les commerçants et les fonctionnaires revendaient à prix fort au marché noir des marchandises qu’ils avaient obtenues à bas prix auprès des coopératives de commerçants et de consommateurs. C’est au cours de cette période que le commerce peul s’est développé grâce à sa faculté d’adaptation à un contexte défavorable et à sa capacité d’extension géographique dans les pays voisins, à savoir : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Libéria et la Sierra-Leone. Avec le libéralisme économique intervenu sous le régime de Lansana Conté, la Guinée est devenue en 1984 un eldorado pour les hommes d’affaires guinéens installés à l’étranger, comme pour un certain nombre d’opérateurs économiques ouest africains. La libéralisation des échanges commerciaux et les mesures qui l’accompagnent ont attiré vers les secteurs d’importation et de distribution des denrées de première nécessité, bon nombre d’opérateurs économiques. Ce phénomène créa l’illusion de l’ouverture à la concurrence du marché guinéen. Dans cette conjoncture, les commerçants guinéens « de l’intérieur » ont su s’adapter à la nouvelle situation pour tirer profit des possibilités qui s’offraient à eux. Les opérateurs économiques qui contrôlent aujourd’hui l’importation des denrées de première nécessité, comme le riz, se différencient par leur itinéraire entrepreneurial, leur capacité de financement, leur maîtrise du marché international et leur mode d’insertion dans l’économie guinéenne. Il est particulièrement intéressant de chercher à comprendre pourquoi cette région, où l’élevage a occupé autrefois une place privilégiée dans le processus d’accumulation des richesses et de différenciation sociale, ait progressivement délaissé cette activité au profit du commerce jadis réservé aux Mandings . Ce qui est aussi passionnant dans le cas spécifique de la communauté peule du Fuuta-Jaloo, c’est le fait que l’irruption de l’économie monétaire en son sein a provoqué un profond bouleversement au sein des structures socio-professionnelles entraînant une réelle restructuration de la pratique des métiers. Le commerce a imprimé des marques spontanées de désagrégation à tous les divers « paliers en profondeur de la réalité sociale », modifiant et adaptant sur des bases nouvelles les relations inter-individuelles.

RAULT Yves-Marie

7 Février 2020 à 14h, salle M019, Université Paris Diderot, Bâtiment Olympe de Gouges

Sous la direction de Philippe CADENE.

Titre de la thèse : Les petites entreprises pharmaceutiques indiennes, agents d’une globalisation alternative

Résumé :

Comment de petites entreprises pharmaceutiques basées en Inde peuvent-elles trouver une place sur un marché mondial dominé par de grandes firmes multinationales, souvent issues des pays à revenu élevé ? Pour répondre à cette question centrale, cette thèse mobilise les outils théoriques de la géographie du développement, de la sociologie économique, et de l’économie institutionnelle. Elle s’appuie sur plusieurs sources et méthodologies : des entretiens semi-directifs menés à Ahmedabad et à Mumbai auprès de directeurs d’entreprises pharmaceutiques de taille micro, petite, et moyenne (n = 99), des entretiens non-directifs auprès d’acteurs du secteur en Inde (n = 61 ), et des données quantitatives issues de bases de données publiques et privées. L’analyse montre que ces petites entreprises s’inscrivent dans de multiples sous-champs formés par des marchés locaux, segments pharmaceutiques, et réseaux de production hiérarchisés. Bien que les normes politiques, économiques, et juridiques leur y soient souvent défavorables, elles occupent des positions diverses, meilleures sur le segment des médicaments génériques et dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Leurs stratégies, évolutives et flexibles, s’appuient sur des ressources encastrées dans des milieux d’affaires construits autour d’identités territoriales et communautaires, mieux dotés lorsqu’ils sont métropolitains et globalisés. Fortement spécialisées, capitalisant sur un important savoir-faire commercial, les petites entreprises pharmaceutiques indiennes innovent à la marge mais de manière originale. Elles sont motivées par des rationalités entrepreneuriales individuelles et collectives dans lesquelles les désirs de reconnaissance sociale jouent un rôle aussi important que les aspects matériels. En définitive, cette thèse montre les manières alternatives dont ces agents participent à la globalisation de l’économie de la santé et façonnent un capitalisme hybridant des normes spécifiques, souvent ambivalentes.




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